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L’aménagement hydraulique du Couesnon

Dix années de chasses hydrauliques répétées pour revenir, patiemment, sur plus de cinquante ans d’accumulation de sédiments… Le projet va ainsi débarrasser le rocher de l’Archange
des dépôts qui favorisent l’installation de végétaux dans son proche périmètre.
Cinq millions de m3 de sédiments seront ainsi dégagés par le Couesnon lui-même, abaissant le niveau des grèves de 70 cm en moyenne dans un rayon de 1 km.

Pour ce faire, il faut d’abord restaurer la capacité hydraulique du Couesnon, aujourd’hui très affaiblie. Nettoyer son lit en amont et en aval du barrage pour l’aider, en augmentant le volume d’eau stocké, à repousser les sédiments qui reviennent marée après marée.


Le Couesnon retrouve sa capacité hydraulique

Avant la construction du barrage de la Caserne (1969), la mer remontait naturellement au flot le chenal du Couesnon, puis venait balayer les grèves autour du Mont au jusant. Aujourd’hui, le fleuve ne joue plus son rôle naturel de bassin de chasse. Les dépôts de sédiments dans son lit et à l’aval du barrage trahissent sa perte de capacité hydraulique. Le fleuve serpente faiblement au milieu des sédiments et de la végétation.
Une fois son lit nettoyé, le canal du Couesnon associé à l’anse de Moidrey pourra stocker jusqu’à 1 500 000 m3 d’eau. Ce volume utile aux chasses sera apporté par les entrées d’eau de mer gérées par le futur barrage et renforcées par le débit du fleuve.
Les remplissages successifs et le débit accéléré du Couesnon permettront son entretien naturel par auto-curage. Son écoulement sera amélioré, ses crues mieux évacuées.


Travaux :

Curage du fond du lit du fleuve essentiellement sur 4 km depuis le barrage jusqu’à l’anse de Moidrey, interventions plus légères jusqu’à Pontorson : la géométrie des berges ne sera pas changée, leurs enrochements de protection seront remis en état.
Certains exutoires de drainage des polders voisins seront rééquipés de clapets ou de portes à flot. Les roselières seront réimplantées dans le parc de stationnement, à quelques dizaines de mètres de là.

Méthode pressentie (à confirmer par le maître d’œuvre) : aspiration par une drague et refoulement jusqu’à l’anse de Moidrey dans une chambre de décantation (80 % d’eau). Les 250 000 m3 de sédiments extraits du lit du Couesnon serviront sur place au modelé de terrain du futur réservoir créé dans l’anse de Moidrey.


L’anse de Moidrey, réservoir et zone humide

L’anse de Moidrey a longtemps été exploitée comme tanguière* principale de la baie (jusqu’à 300 000 m3 de sédiments extraits par an). Canalisation du Couesnon (XIXe siècle), poldérisation et mise en place de portes à flot (barrage actuel de la Caserne) ont lentement contribué à isoler de la mer cet ancien méandre du fleuve. Comblée, asséchée, elle n’est plus aujourd’hui atteinte par les marées.
Sur sa rive gauche, un réservoir hydraulique d’une capacité maximale de 770 000 m3 d’eau sera créé (35 ha sur les 120 ha de l’anse). Complémentaire au lit du Couesnon, le réservoir abaissera la ligne d’eau dans le fleuve. La vitesse des courants de chasse sera améliorée. Une valorisation pédagogique est envisagée pour le public après stabilisation de l’écosystème.


Travaux :

Le réservoir prendra la forme d’un réseau de chenaux (10 km de “filandres” ou chenaux répartis en 3 bras principaux) à la fois cohérent avec le paysage de prés salés de la baie et moins sujet à la sédimentation.

Méthode pressentie (à confirmer par le maître d’œuvre) : extraction au moyen de deux techniques combinées : aspiration par une drague et pelle mécanique. Le million de m3 de sédiments ainsi extrait -auquel il faut ajouter les 250 000 m3 de la chambre de décantation- est biologiquement sain. Sa valorisation sera entièrement réalisée sur les parcelles agricoles alentour en accord avec les exploitants et propriétaires.

*lieu d’extraction de la tangue, sédiment d’origine maritime qui constitue les grèves de la baie. Il était autrefois utilisé comme amendement calcaire pour les terres agricoles. Ce mélange gris argenté de sablons et de particules fines de coquillages donne une lumière particulière aux grèves et “blanchit” les terres cultivées.


Comment valoriser les sédiments extraits ?

Depuis plusieurs années, le Syndicat mixte, la Chambre d’agriculture de la Manche et la Mission Mont-Saint-Michel travaillent à la valorisation de la tangue saine extraite de l’anse de Moidrey pour recharger les terrains bas. Un apport de sédiment de 50 cm d’épaisseur remettrait à niveau 250 ha de terrains agricoles. Des contacts avec les exploitants situés dans un rayon de 5 km permettent d’envisager un réemploi de la totalité des matériaux extraits, soit près de 1 250 000 m3 de sédiments. La tangue y sera acheminée par camion, par bande transporteuse ou par voie hydraulique pour limiter les rotations.
Une partie de la tangue salée (amorce des chenaux en baie) pourra être consacrée à renforcer les digues littorales des polders situés à l’est du Mont-Saint-Michel, entre la Caserne et la pointe de la Roche Torin.
Le marché du maître d’œuvre des aménagements hydrauliques comprend également la destruction des parkings et de la digue-route dont les matériaux pourront être réutilisés dans des chantiers routiers.

-> Voir aussi journal Baie 13


Un réservoir valorisé en zone humide

Située en amont du barrage du Couesnon, l'Anse de Moidrey redeviendra une zone humide au bénéfice de la faune et de la flore. Á marée montante, les eaux y seront recueillies dans un bassin parcouru par 10 km de chenaux avant de repartir progressivement avec le jusant.

Une étude sur la valorisation environnementale de l'Anse de Moidrey a été conduite sur modèles et sur le terrain par des ingénieurs et des écologues. Plusieurs variantes de réservoirs ont abouti à retenir une structure "digitée" limitant la sédimentation. Elle fonctionnera comme les méandres des criches (chenaux) et s'inscrira de façon cohérente dans le paysage environnant.

Une "vasière", au sens écologique du terme, sera recréée.
Ainsi, dans l'Anse elle-même, la biodiversité sera favorisée. Le site restera sans doute relativement pauvre en biomasse et très sélectif en raison du caractère changeant des paramètres écologiques, mais sans équivalent dans un rayon de 100 km à la ronde.

L'aménagement en "creux" favorisera une végétation naturelle étagée en fonction des hauteurs d'eau et de sa tolérance au sel.
L'aménagement préserve une grande partie des zones humides, recherchées par l'avifaune. La vasière ressemblera à l'Anse de Moidrey telle qu'elle a existé entre 1850 et 1930. Deux zones estuariennes bien différenciées vont se recréer, l'une fluviale en amont de l'anse, l'autre marine, à l'aval. La zone qui sépare habituellement les deux systèmes sera concentrée dans l'Anse de Moidrey.
Une valorisation pédagogique de l'aménagement est envisagée pour intéresser le public, après stabilisation de l'écosystème.


-> Brochure Hydrosédimentaire





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Vue actuelle du canal du Couesnon à l'amont du barrage


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Des dépots d'origine fluviale ont épaissi son lit, permettant à des végétaux de s'y installer


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Simulation de l'Anse de Moidrey après aménagement

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